Les archers

L’apparition de l’arc dans les armées anglaises au XIV siècle


 

 

 

Quand on pense aux peuples chasseurs, l’arc est peut-être l’arme qui vient en tout premier lieu à l’esprit de chacun, toutefois il est difficile de déterminer avec certitude quand l’arc est apparu.

 En effet, l’arc est généralement réalisé en bois, de même que les hampes des flèches et ces éléments ne se conservent que dans des milieux humides, tels les tourbières et les sites lacustres.
Les fragments d’arcs et de flèches les plus anciens ont été découverts dans la tourbière de Stellmoor, en Allemagne, site daté du Paléolithique final.

Les plus anciennes armatures indubitablement associées à l’utilisation de l’arc et de la flèche remontent au Paléolithique final et à l’Epipaléolithique, il y a quelque 10 000 ans, moment où l’on a retrouvé des vestiges d’arc incontestables. 

Auparavant certaines armatures en silex, en bois de cervidé ou en os suggèrent, dès les phases anciennes du Paléolithique supérieur, un emmanchement sur des hampes fines et une vitesse de propulsion élevée qui font penser à l’arc. 

La plupart des arcs préhistoriques sont droits, et ont été découverts dans des sites du Mésolithique final du nord de l’Europe, ainsi que du Néolithique nordique et alpin.
Des arcs à double courbure sont figurés sur des peintures rupestres espagnoles, mais il est difficile de préciser leur âge, qui peut aller du Paléolithique final à l’âge du Bronze.

 En Europe, les modifications progressives du climat, à la fin de la dernière glaciation (vers 8 000 ans av JC), vont modifier l’environnement et permettre la domestication d’animaux.

C'était une véritable révolution dans l’art de la guerre. Pour la première fois, ce n’était plus les chevaliers qui décidaient du sort des batailles, mais de simples paysans.

Pendant des générations, les édits royaux encouragèrent les plantations d’ifs, ces arbres à croissance lente dont étaient faits les meilleurs arcs, ainsi que l’entraînement régulier au tir à l’arc, tous les dimanches après-midi, dans toutes les villes et tous les villages d’Angleterre, car ce n’était qu’au prix de cet entraînement constant que l’archer acquérait la précision et la force nécessaires pour bander son arc. Ainsi, alors que les chevaliers français continuaient de regarder de bien haut la piétaille, ses valets d’armes, les Anglais formaient des archers qui firent bientôt merveille sur les champs de bataille.

C’est à la bataille de Crécy, en 1346, première bataille décisive de cette longue lutte qui opposa les Anglais aux Français que nous appelons la guerre de Cent Ans, qu’une Europe étonnée découvrit la puissance dévastatrice de l’arc, utilisé par des soldats entraînés et disciplinés.

Le roi Édouard III d’Angleterre avait débarqué en Normandie avec une petite armée comptant 2 400 chevaliers, 12 000 archers et quelques troupes d’infanterie. Après avoir menacé Paris, il dut battre en retraite vers la Picardie devant l’armée trois fois plus nombreuse de Philippe VI de France. Serré de près, il se décida à faire face et s’installa sur les collines de Crécy. C’était le matin du 26 août, et une page importante de l’histoire de la guerre au Moyen Age allait être tournée désormais, le chevalier revêtu de sa lourde armure ne serait plus invincible.

Si les archers anglais ne venaient pas de la noblesse, ils n’étaient pas nécessairement pauvres. Équipé d’un casque d’acier, d’une casaque de cuir renforcée par du métal, d’un manteau qui servait aussi de couverture et d’une paire de bottes, l’archer portait avec lui une réserve d’eau et la ration d’une journée. Il était armé d’une épée qu’il fichait en terre devant lui pour briser les charges de cavalerie. Montés sur des poneys qui les rendaient très mobiles, les archers constituaient des corps d’élite et recevaient trois fois la solde des fantassins ordinaires. Ils formaient en général des compagnies de cent hommes dirigées par des capitaines qui veillaient à leur entraînement

Considérations mécaniques

Pour obtenir un arc puissant, il faut utiliser un bois nerveux, car la vitesse d’expulsion de la flèche est proportionnelle à la rapidité avec laquelle l’arc reprend sa forme lors du tir. L’if est le bois cumulant le plus grand nombre de qualités nécessaires à la réalisation d’un arc puissant et résistant. Ses fibres de lignine ont un agencement qui leur confère une grande élasticité (en spirales orientées à soixante degrés par rapport à l’axe de la branche, ce qui leur permet de s’étirer en cas de travail excentrique). Il pousse très lentement et ses cernes sont très fins et rapprochés, ce qui divise d’autant le déplacement dévolu à chaque fibre : plus les cernes sont petits, plus le bois est résistant et nerveux. Il a peu de noeuds et est dénué de poches résinifères qui représentent autant de points de fragilité potentiels. Enfin, il est imputrescible, ce qui, avec ses qualités de résistance, lui confère une grande durée de vie. Il a par contre le défaut d’être toxique (et dangereux pour l’élevage) et a donc été souvent abattu, ce qui en fait un bois rare dont les qualités sont encore améliorées s’il pousse lentement, ses cernes étant alors d’autant plus serrées (les meilleurs exemplaires poussent en altitude et sur un sol pauvre). Les Anglais en importèrent (principalement d’Italie, mais aussi de France et d’Espagne). Richard II et Charles VII en firent planter. Le choix du ou des bois utilisés dans la fabrication influence l’âme de l’arc, mais aussi sa souplesse, sa résistance et sa puissance. La seule concession faite à la modernité, en dehors de l’emploi de colles et de résines plus performantes, est l’utilisation de la fibre de verre dans le contre-collage des différentes couches de lames d’une seule pièce qui constituent l’arc.

 

Les flèches

Les flèches employées avec le longbow sont relativement standardisées, car fabriquées en grande série (il faut pour une campagne entre 400 000 et 800 000 flèches). Elles sont volontairement lourdes (pour augmenter leur capacité de perforation), entre 60 et 80 g au lieu de 20 g pour une flèche moderne. Les 3 500 flèches retrouvées dans l’épave de la Mary Rose mesurent entre 61 et 81 cm (76 cm en moyenne) et sont taillées dans du peuplier ou du frêne. L’empennage est confectionné en plume d’oie et mesure entre 17 et 25 cm, selon que l’on souhaite privilégier la précision ou la portée. L’encoche est dégagée sur 4 à 5 cm et peut être renforcée par une petite lamelle d’os ou de corne placée perpendiculairement à la corde.

Accessoires

Les flèches sont transportées sur des chariots et fournies aux archers par faisceaux ligaturés de 12 ou 24. Le carquois n’est pas fréquent chez les archers anglais du XIVe siècle[10] : le fait de sortir la flèche du carquois prenant trop de temps et ralentissant la cadence de tir, les flèches sont donc plantées à même le sol devant le tireur. Au début du XVe siècle apparaît la trousse, un cylindre de toile cirée ou de cuir fin huilé, dont une extrémité est cousue d’un rond de gros cuir percé de 12 ou 24 trous afin de passer les flèches. Ce carquois très léger permet à la fois de protéger les flèches de l’humidité et aux archers montés de transporter leurs munitions à cheval.

La puissance de l’arc et la technique de tir à 3 doigts imposent le port de gants de cuir. Le modèle type est un demi-gant de cuir fixé au poignet couvrant l’index, le majeur et l’annulaire.

Un brassard en cuir, sanglé sur l’avant-bras qui tient l’arc, protège le tireur du véritable coup de fouet produit par la corde après le décochage.


Performances

L’arc en if présente cette particularité paradoxale d’être un arc simple, façonné dans un matériau d’une seule pièce, tout en se comportant comme un arc composite. En effet, l’if est mis en forme de telle sorte qu’il comprend une partie d’aubier (au dos) et une partie de cœur (ventral), le duramen. L’aubier travaille en extension et le cœur en compression. Leurs propriétés se complètent et confèrent à cette arme des qualités balistiques bien supérieures aux arcs simples tirés d’autres essences.


Grandeurs physiques

La puissance d’un arc se mesure en livres à 28 pouces d’allonge (le poids qu’il faut déployer pour tendre la corde jusqu’à une allonge de 28 pouces, soit 71 cm). Il s’agit en physique d’une force. Pendant la guerre de Cent Ans où les archers étaient particulièrement entraînés, les arcs nécessitant pour être bandés une force de 120 à 130 livres La vitesse des flèches est initialement d’environ 200 km/h et descend à 130 km/h à 200 m.


Portée

Leur portée est estimée entre 165 et 228 mètres, bien qu’une réplique d’un des arcs trouvés à bord du Mary Rose ait tiré une flèche de 53,6 grammes à 328 mètres et une flèche de 95,9 grammes à 249,9 mètres]. Les flèches sont cependant incapables de percer une armure de plaques à cette distance. Elles sont efficaces contre les cottes de mailles quand la distance est inférieure à 100 mètres et contre les armures de plaques en deçà de 60 mètres.


Pouvoir perforant

En fonction de l’effet recherché, l’archer a le choix entre plusieurs types de flèches. Les plus fréquemment utilisées sont les bodkin pointues de section carrée, particulièrement perforantes et faciles à produire. Les flèches ayant une énergie cinétique modérée (comparativement à celle du projectile d’une arme à feu), elles ne génèrent ni effet de choc, ni effet de cavitation. En revanche, du fait de leur grande longueur, elles ont une bonne densité sectionnelle et donc un grand pouvoir perforant. Dès lors, ce type de flèche est utilisé à courte distance contre l’infanterie lourde ou la cavalerie. Ces flèches, très efficaces contre les cottes de mailles, peuvent cependant ricocher sur les armures de plates si elles n’arrivent pas perpendiculairement à la surface. Pour un tir à moins de 60 mètres, elles peuvent s’enfoncer de plusieurs centimètres, causant des blessures plus ou moins graves.

C’est particulièrement à la tête qu’une pénétration de profondeur limitée est dévastatrice. Cette partie du corps est cependant bien protégée par le profil des bassinets de l’époque, étudiés pour dévier les lances. Les autres points vulnérables du combattant sont le cou et les membres, où passent des troncs artériels susceptibles d’êtres sectionnés. Pour cette raison, les armures des chevaliers ont progressivement évolué au cours de la guerre de Cent Ans, recourant de plus en plus à l’usage de plaques. Les capacités de perforation peuvent être améliorées par lubrification des pointes à la cire, ce procédé permettant aussi de limiter l’oxydation de l’acier (l’utilisation de ce procédé par les archers anglais est probable mais non vérifié).

Contre l’infanterie peu blindée ou les chevaux, les flèches à pointe large ou à barbillon sont largement plus dévastatrices, même à longue distance. Tirées par milliers, elles ne nécessitent pas d’être très précises et leur portée peut donc être allongée par réduction de l’empennage.


Cadence de tir

Aux XIVe et XVe siècles, un archer anglais devait pouvoir tirer au moins dix flèches par minute, allant jusqu’à seize tirs ajustés par minute pour les archers expérimentés. Durant la bataille, les archers emportaient avec eux entre 60 et 72 flèches, de quoi durer environ 6 minutes en pleine cadence de tir. Sur le champ de bataille, de jeunes garçons étaient utilisés pour ravitailler les hommes en flèches. Celles-ci étaient posées en vrac devant les archers ou plantées à même la terre. Cette dernière méthode permet de raccourcir au maximum le temps nécessaire pour tirer une flèche. La présence de germes telluriques sur la pointe augmente de plus le risque et la gravité d’une infection secondaire à une blessure (ces germes peuvent êtres responsables de gangrène gazeuse et en l’absence soins appropriés de mort par septicémie puis choc septique).

La cadence de tir des arcs longs anglais est bien supérieure à celle des arbalètes (capables au maximum de tirer quatre fois par minute) ou de n’importe quelle autre arme de jet de l’époque. L’adversaire est alors soumis à une pluie de flèches, ce qui rend efficace un tir à longue portée où la perte de précision causée par la distance est compensée par la quantité de flèches envoyées. Ceci constitue une énorme différence par rapport à l’arbalète qui s’emploie en tir tendu et qui devient forcément moins précise avec la distance. D’autre part, l’arc pouvant facilement être débandé et sa corde mise à l’abri, il est beaucoup moins vulnérable à la pluie qu’une arbalète (ce qui a été décisif, notamment lors de la bataille de Crécy), d’autant que les cordes de nerfs des arbalètes perdent de leur puissance quand elles sont humides, contrairement aux cordes en chanvre des arcs longs qui gagnent en dureté lorsqu’elles sont mouillées.


Technique de tir

La force nécessaire pour tirer avec un l’arc long nécessite 3 doigts (Mediterranean draw), contrairement aux arcs utilisés à l’époque en France que l’on pouvait bander avec seulement 2 doigts (pinch draw)

L’arc long a comme inconvénient d’être assez difficile à « apprivoiser » et de demander plus de technique et de force que l’arc classique. Des autopsies pratiquées sur des corps d’archers gallois ont révélé des distorsions spinales, témoins des contraintes subies.

L’arc est en particulier réputé pour « secouer » le tireur au moment de la décoche. Les habitués de ce type d’arc recommandent de plier légèrement le bras qui tient l’arc pour éviter « le coup dans la nuque ».

Du fait de la taille de l’arc, il faut tendre la corde derrière la joue et non pas seulement jusqu’au menton (les doigts arrivant à la commissure de la lèvre). De ce fait, l’arc gallois ne peut se pratiquer avec un viseur. On peut tirer soit en tir instinctif ou « en bare-bow ». La décoche doit suivre immédiatement l’armement, car les contraintes sont telles qu’elles peuvent briser l’arc si la décoche est trop retardée.

Le tir instinctif demande un long entraînement, car le cerveau doit connaître parfaitement le vol parabolique d’une flèche, qui varie en fonction de l’angle initial, de la puissance de l’arc et du poids de la flèche. L’archer se concentre uniquement sur le point d’impact, l’inconscient du cerveau faisant le reste.

Dans le tir « bare-bow » on modifie la position des doigts sur la corde suivant la distance (en anglais « string-walking »). D’autres archers changent le point d’ancrage sur le visage.


Utilisation tactique

La portée de l’arc long (efficace sur les combattants faiblement protégés ou les chevaux à 300 mètres), oblige l’adversaire à attaquer. Cela permet de l’attirer en terrain défavorable et de le contraindre à attaquer une position fortifiée au préalable : à Crécy l’armée anglaise se retranche sur un monticule, à Poitiers derrière des haies, à Azincourt derrière un terrain embourbé. Les archers disposent des pieux devant leurs lignes de manière à briser les assauts. Leurs arrières ou leurs flancs sont couverts par des chariots ou des obstacles quasi infranchissables pour de la cavalerie lourde (rivières, forêts, ...).

À longue distance (de 100 à 300 mètres), on utilise des flèches à empennage court et à pointe plate ou « en barbillon », plus dévastatrices sur les combattants peu protégés. Les archers sont utilisés par centaines, voire par milliers (6 000 à Crécy ou Verneuil, 7 000 à Azincourt). Cela permet de faire pleuvoir des nuées de flèches sur l’adversaire (72 flèches à la minute par mètre carré) et compense l’imprécision du tir à pareille distance. Ceci est rendu possible grâce à l’extraordinaire cadence de tir de l’arc long (les arbalètes, qui ont un pouvoir perforant supérieur sur les armures de plates mais une cadence bien inférieure, ne peuvent produire une telle pluie de flèches). À Crécy les 6 000 arbalétriers génois engagés par les Français doivent ainsi se replier rapidement[. D’autre part, une telle pluie de traits désorganise considérablement les charges de cavalerie en blessant les chevaux (non protégés au début de la guerre de Cent Ans) qui peuvent chuter, s’emballer ou désarçonner leur cavalier (la chute du cavalier étant aggravée par le poids de l’armure). La densité de flèches plantées dans le sol est par ailleurs telle qu’elle gêne la progression des assauts (à la Bataille de Nájera, il est impossible de marcher au travers du champs de flèches). Les cadavres de chevaliers et surtout de leurs chevaux sont des obstacles qui gênent la progression des lignes d’assaut, tout comme les chevaux emballés qui fuient en sens inverse et désorganisent les charges. Pour obtenir un tir continu, les archers sont déployés sur trois doubles rangées qui vont alternativement se ravitailler en flèches.

À plus courte distance, le tir se fait de façon moins parabolique, avec des projectiles plus perforants (pointe bodkin) et plus précis (empennage long). Les archers sont placés sur les ailes afin que leur tirs ne ricochent pas sur les armures de plates des cavaliers profilées pour dévier les flèches et lances venant de face. Ils sont disposés en V.


Le déclin de l’arc long

L’arc long est de plus en plus supplanté par l’arquebuse qui compense sa faible cadence de tir par la possibilité d’un tir roulant et tendu, utilise des projectiles plus légers, donc plus faciles à transporter en nombre, et dont l’usage ne nécessite pas une formation longue, ce qui permet de renouveler facilement les effectifs en cas de pertes[55]. Les francs-archers sont dissouts par Louis XI à la suite de la Bataille de Guinegatte en 1479 : manquant de cohésion, ils ont été vaincus par les archers anglais et les arquebusiers allemands employés par le duc de Bourgogne. En 1567, Charles IX remplace dans son armée l’arc et l’arbalète par l’arquebuse.

Alors que l’arc disparaît progressivement des armées européennes, où il est remplacé par l’arquebuse, puis le mousquet, l’Angleterre en garde l’usage, quoique de manière moins massive jusqu’à la fin du XVIe siècle. Si l’arquebuse a de meilleurs pouvoirs perforant et vulnérant à travers une armure à grande distance, sa portée est moindre et sa cadence de tir est très lente. L’arc reste pour un temps un appoint intéressant pour les Anglais qui ont de nombreux archers de qualité déjà formés, mais leur proportion diminue dans les effectifs. En 1577, il est interdit aux archers anglais d’apprendre l’usage des armes à feu. Mais à mesure que les armes à feu progressent en portée, précision et cadence, leur rôle se marginalise et, en 1589, le Parlement décide que les archers n’ont plus leur place dans les compagnies. En 1595 enfin, les archers sont convertis en piquiers et arquebusiers.

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Sources: Wikipédia


 

 

 

 

 

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